• La bonne idée du Bhoutan

    Au Bhoutan, 65% de la population vit dans des zones rurales et 96% de la population rurale vit dans des conditions extrêmes de pauvreté. La lutte contre la pauvreté est un enjeu de taille qui pourrait, comme bien souvent, être dé corrélé des problèmes de préservation de l’environnement. L’articulation des différents enjeux du développement durable peut s’avérer difficile dans ces conditions, mais le Bhoutan a réussi à transformer cette contrainte en un avantage original.

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    Dans un pays où la démocratie n’existe que depuis quatre ans, une gestion communautaire de la forêt a été imaginée de sorte à valoriser les populations rurales pauvres. Le Community Forest Management ou CFM. Le CFM, qui n’était qu’un projet pilote, compte aujourd’hui 328 communautés impliquées dans la gestion de 30 000 hectares de forêts, soit 2% de la superficie du pays.

    Comment fonctionne ce petit miracle ?

    Le département des Forêts est constitué de fonctionnaires qui vont sensibiliser à la gestion de la forêt dans les différentes provinces. Les communautés rurales peuvent ainsi se former à la gestion d’une forêt, sur le plan pratique mais aussi légal. Après cette formation initiale assurée par l’Etat, les communautés peuvent postuler auprès du responsable forestier du district. Si cette candidature est acceptée, un plan de gestion forestière est établi en concertation avec la communauté après un recensement de ressource pour établir les différentes zones d’exploitation.

    Les communautés rurales peuvent ainsi prélever des ressources dans la forêt et en tirer une activité économique, tant que celle-ci est en accord avec le plan établi conjointement avec les représentants de l’Etat. Ils établissent ainsi une subsistance durable en préservant leur patrimoine écologique et économique. L’Etat de son côté prélève une taxe de 120 ngultrums (2€) par arbre adulte. La préservation des forêts permet aussi de conserver les ressources en eau et donc les revenus tirés de la vente de l’hydroélectricité à l’Inde.

    Grâce à ce système, le Bhoutan a pu s’engager constitutionnellement à préserver un couvert forestier d’au moins 60% dans le long terme, ce qui en ferait le pays le plus protecteur de son couvert forestier en Asie. Le système de CFM a aussi été adopté par le Cambodge, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam. Un modèle qui peut s’avérer un atout important pour la préservation de la forêt en Asie, et une solution qui allie tradition rurale et préservation de l’environnement.